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Pour Bernard Stalter, l’immigration peut être une réponse aux «déserts artisanaux»

22/09/2019 | SOCIAL & JURIDIQUE | Georges Margossian

 

L’artisanat a aussi son propre point de vue sur l’immigration. A dix jours d'un débat au Parlement, Bernard Stalter, en tant que président de CMA France, vient de l’exprimer dans une tribune, faisant valoir une «formidable opportunité» pour le secteur. 

«Pourquoi ne pas accueillir des migrants, les former quand il le faut et leur permettre d’occuper un emploi aujourd’hui disponible, un emploi qui sera d’ailleurs la clé de leur intégration à la société française ? N’est-ce pas cela le gagnant-gagnant ?», s’interroge ainsi le président du réseau national des Chambres de métiers et de l'artisanat. 

Cette prise de position, sur une question où on ne l’attendait pas, peut sembler inhabituelle de la part du patron de l’Unec, l’organisation professionnelle des coiffeurs. Mais son initiative n’a rien d’un coup de tête. Sa tribune, mise en ligne le 20 septembre, n’a pas été publiée n’importe où. En choisissant le réseau social professionnel Linkedin, le leader charismatique des coiffeurs s’adresse, en premier lieu, aux cadres et aux décideurs économiques. 

Comme l’ex-patron du Medef, Pierre Gattaz, en 2015, qui avait signé une tribune dans les colonnes du Monde intitulée «Les migrants sont un atout pour la France», Bernard Stalter veut d’abord y voir une «formidable opportunité» économique, rappelant que 700 000 emplois sont actuellement non pourvus dans l’artisanat. 

A la suite du Chef de l’Etat, à l’offensive sur le thème de l’immigration, le président de CMA France reprend ainsi le nouvel ordre du jour de la rentrée, lancé par l’Elysée, rejetant, lui aussi, les «préjugés», les «discours simplistes» et les «tentatives de récupération à des fins électorales». Mais son point de vue se veut pragmatique, «avec pour unique arrière-pensée assumée : aider le secteur de l’Artisanat qui est en souffrance !», assure-t-il. 

Former des migrants avec les CMA et les CFA

Son nouveau cheval de bataille : les «déserts artisanaux». Il s’agit, pour lui, de «maintenir le maillage artisanal sur le territoire». D’où une première proposition : «Pour maintenir une présence médicale de plus en plus de maires vont chercher des médecins à l’étranger, pourquoi ne pas imaginer faire de même avec certaines professions artisanales ?», suggère-t-il.  

Les artisans «sont prêts à embaucher et à former des migrants avec l’appui des CMA et des CFA», «pourvu qu’ils soient volontaires et motivés», affirme-t-il, ajoutant que la question récurrente qui agite le monde artisanal depuis plusieurs décennies, la transmission et la reprise d’entreprises, pourrait être résolu du même coup.

Selon le président des chambres de métiers, les migrants peuvent «être ceux qui demain reprendront l’entreprise de celui qui les aura embauchés, formés et ainsi accompagnés sur le chemin d’une reconversion professionnelle réussie et d’une intégration facilitée au sein de la société française». 

Liant la question de l’immigration à la situation du secteur de l’artisanat, Bernard Stalter pense ainsi prendre une petite longueur d’avance sur le débat, très politique, qui va s’ouvrir sur le sujet au Parlement à la fin du mois. «Nous n'avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face», déclarait Emmanuel Macron, le 16 septembre, en l’annonçant. 

Un facteur d’intégration au pays d’accueil

Mais le terrain est aussi glissant. L'immigration est un sujet particulièrement clivant : selon un sondage Ipsos-Sopra Steria, publié la semaine dernière, 64% des Français ont l'impression «qu'on ne se sent plus chez soi comme avant» en France. La prise de position de Bernard Stalter est courageuse, mais il prend aussi le risque de mettre sur la table de nombreux sujets qui fâchent. 

Si l’accès à l’artisanat constitue un facteur d’intégration au pays d’accueil, comme le soutient le président du CMA France, il soulève aussi des questions brûlantes comme le travail au noir ou la concurrence déloyale, à l’image de ces salons illégaux, essaimant un peu partout dans l’Hexagone, où les coiffeurs ne peuvent présenter ni diplômes, ni autorisation administrative. 

Un rapport sur le travail non-déclaré, rédigé par France Stratégie et le Conseil d'orientation pour l'emploi, estimait, en janvier dernier, que les taux les plus élevés s'observaient dans les secteurs du BTP, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration ou des services à la personne, des activités où l’artisanat est plutôt bien représenté. 

De nombreuses questions en suspens

Se pose alors une autre question, celle de l’accès des étrangers à l’artisanat. Car il ne suffit pas d’acquérir un métier pour l’exercer à son compte. Il faut aussi pouvoir maîtriser un environnement de plus en plus complexe et se faire comprendre des fournisseurs, des banques et des administrations…  

Bref, une instruction et une culture générale qu’un artisan doit posséder pour mener à bien son entreprise mais qui fait souvent défaut aux travailleurs immigrés. Le chantier reste donc immense. Mais, pour Bernard Stalter, la balle est d’abord dans le camp du politique. «Cela suppose une réelle volonté politique et la mise en place d’une politique publique dédiée pour organiser au mieux cette rencontre entre migrants et artisans», lance-t-il, prudemment.  

Rendez-vous, donc, au Parlement, dont le premier débat sur l’immigration, qui a vocation à être «annuel », sera organisé le 30 septembre et le 2 octobre. Mais le sujet fait toujours peur. Les discussions resteront dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et du Sénat et ne feront l’objet d’aucun vote.  

 

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